VIE DU SECTEUR

RENCONTRE AVEC MANFRED WENZ : "POUR COMMANDER
LA NATURE, IL FAUT LUI OBEIR"

Une trentaine d'agriculteurs avaient répondu positivement aux journées de formation proposées par l'association Soin de la Terre, en février dernier à Rouillon (72), au cours desquelles Manfred WENZ, agriculteur allemand de 65 ans a partagé, photos à l'appui, sa grande expérience.

Le même champ en été et au printemps : à gauche, le sol de M. WENZ plus sombre ; à droite, le champ d'un voisin appauvri en matière organique.

Après avoir constaté une fatigue des sols, suite à l'introduction du mais dans les années 50, Manfred WENZ décide, à la fin des années 60, d'inverser le processus de dégradation en optant pour l'agriculture biologique. Malheureusement, cette orientation ne sera pas très fructueuse, les adventices envahissent les parcelles, les rendements chutent et, surtout, le sol continue de se dégrader par les passages répétés d'outils.
C'est un spécialiste en maraîchage, Hans KEMINK, qui l'aidera à sortir de l'ornière, et après plusieurs aimées de "labour KEMINK" (cf. encadré), l'humus a commencé à revenir et les sols à retrouver leur potentiel.
Malgré une technique stabilisée qui donnait de bons résultats, M. WENZ abandonne la "Méthode KEMINK" pour le semis direct en 1998. Avec le retour de son fils sur l'exploitation depuis peu, il travaille maintenant sur d'adaptation d'une approche semis direct sous couvert.

Aujourd'hui, ses sols ont complètement retrouvé leur potentiel et pour M. WENZ, le métier d'agriculteur est avant tout de cultiver la fertilité de son sol ; résultat : les rendements annoncés sont très honorables et en moyenne 15 à 20 % inférieurs aux voisins en agriculture conventionnelle, avec un record de 61 qx/ha avec du Camp Remy en 1997. Il faut signaler que ces résultats sont obtenus sans apport de fumier, ni de compost, en provenance de l'extérieur depuis plus de 20 ans.

Points clés de l'approche Wenz


- Limiter le travail du sol pour préserver et déve-lopper les vers de terre qui sont au centre de la fertilité du sol. Leurs activités de perforation, d'assimilation de la matière organique et de brassage sont primordiales. Le semis direct est bien sûr la situation idéale et, si travail du sol il y a, les passages doivent être suffisamment écartés dans l'espace et dans le temps (cas de la méthode Kemink), afin de préserver des zones refuges non perturbées.

- Travailler avec des couverts : la nature a horreur du vide et chercher à détruire toute végétation est un non-sens. Pour M. WENZ, il est préférable d'apprendre à vivre avec une certaine  biodiversité. Cependant,

la luzerne et le ray-grass ont été abandonnés, car ils étaient difficiles à détruire sans avoir recours à des produits de synthèse. A ce titre, M. WENZ remarque l'utilité du mouron et de la véronique de Perse dans ses parcelles de blé au printemps. Elles couvrent le sol sans vraiment concurrencer la culture. Cependant, au mois de mai, elles se retrouvent étouffées par la culture et se décomposent alors pour complémenter la fertilité pour le blé. Reprenant cette idée d'écosystème dynamique, M. WENZ se dirige, aujourd'hui, vers des couverts de trèfle blanc nain (de type Nanouk en provenance de Nouvelle Zélande) qui seraient conservés sur plusieurs cultures ou des couverts de mélange (féve-role/moutarde) dans lesquels sera implantée la céréale en direct.-

- L'humus est la trésorerie de l'agriculteur : depuis la suppression du travail intensif, M. WENZ affirme avoir gagné environ 1 cm d'épaisseur de sol par an. Sans apports extérieurs, les niveaux de structure et de fertilité sont éloquents. En fait, ces analyses montrent que l'azote se trouve sous forme organique et ne migre pas vers les couches profondes au risque de se trouver lessivée. Au contraire elle est conservée en surface et restituée en fonction des besoins.

- Vivre avec les "autres plantes" : pour M. WENZ, il n'existe pas réellement d'adventices mais des "autres plantes" qui, par leur présence, apportent de la biodiversité à la parcelle. De plus,grâce à son esprit d'observation, il a remarqué que l'enherbement est souvent le reflet de l'état du sol et de la matière organique. Elles apparaissent en fait dans le but de régler des déséquilibres existants.
• Le rumex : ameublit les sols compactés grâce à
son puissant système racinaire.

• L'agrostis : lève les phénomènes de battance et de micro-érosion.

• Le chardon et le liseron : résorbent la matière organique mal décomposée en profondeur par leurspuissants rhizomes.

En fait, pour M. WENZ, il faut chercher à retrouver un bon équilibre du sol et ces plantes, qui peuvent être un peu gênantes, seront  moins  présen-

tes, voire inexistantes. Pour les mêmes raisons, il a d'ailleurs abandonné le hersage des céréales au printemps, afin de conserver du mouron et de la véronique. Ici, M. WENZ est plus qu'un TCSiste, puisqu'aucun travail voire intervention ne sont réalisés entre le semis et la récolte.

Avec 40 ans d'expérience, M. WENZ est bien plus qu'un agriculteur, c'est un observateur de génie et un agronome hors pair. Malgré cela, il estime que l'on reste des apprentis face à la nature, et le changement de cap avec l'introduction du semis sous couvert, ainsi que

la biodynamie sur son exploitation, à l'aube de sa propre retraite, en sont la preuve. Venu à l'agriculture biologique par phylosophie, comme beaucoup, sa motivation et son raisonnement, sans avoir changé de cap, sont plutôt d'ordre agronomique et économique aujourd'hui.

Enfin, même si cette approche peut paraître ultime pour les TCSistes de base que nous sommes, elle cadre clairement les erreurs à ne pas commettre et apporte des pistes de réflexion et d'essais intéressantes.


Prochaine rencontre

le 19 juin 2000 à Ottenheim en Allemagne

(environ 30 km de Strasbourg). Contact: Ulrich SCHREIER

Tél. 02.41.77.48.45 Fax 02.41.77.43.37


Cultiver la fertilité du sol est l'art de l'agriculteur : ici, la terre argileuse de M. WENZ ayant retrouvé une structure grumeleuse idéale.



" Labour Kemink"

Ce principe est issu du maraîchage conventionnel. Sur l'outil utilisé alternent des dents extirpatrices pour un ameublissement en profondeur avec des socs butteurs dont le rôle est de recouvrir les plantes d'une légère pellicule de terre en surface. Des passages répétés à une dizaine de jours d'intervalle permettent de nettoyer une parcelle, comme une prairie par exemple, sans avoir recours au retournement.

L'astuce du principe Kemink est de déplacer les dents sur le bâtis, afin de travailler seulement une petite bande de sol à chaque passage. Les zones non perturbées servent de refuge à l'activité biologique qui peut ensuite recoloniser l'ensemble du sol.

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